Il existe un type de voyageur pour qui une ville n'est jamais tout à fait connue tant qu'elle n'a pas aussi été lue.

Bruges récompense particulièrement bien ce voyageur. On peut arriver avec un roman dans le sac, en acheter un autre sans l'avoir prévu et découvrir que certains des meilleurs moments du séjour consistent précisément à laisser de côté monuments et attractions pendant une heure.

On parle aujourd'hui de readaway pour désigner un voyage où la lecture fait partie de la raison de partir. Le mot est récent ; l'idée ne l'est pas. Bruges s'y prête merveilleusement bien : compacte, facile à parcourir à pied, belle sous la pluie et pleine d'endroits où le temps semble ralentir.

Commencez par Bruges-la-Morte

S'il ne fallait lire qu'un livre avant de venir, ce serait Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach.

Publié en 1892, le roman fait de Bruges bien autre chose qu'un joli décor. Les canaux, les cloches, le silence et les rues vides pèsent sur les personnages. Après l'avoir lu, même une ville pleine de visiteurs peut soudain prendre une étrange mélancolie.

Inutile de suivre le roman comme une chasse au trésor. Gardez-le simplement en tête en longeant la Groenerei, les canaux et les rues plus calmes de Sint-Anna. La pluie ne fait qu'améliorer l'effet.

Si Rodenbach ne vous tente pas, poursuivez avec les livres situés à Bruges et les lectures pour le voyage : fiction historique, polar, bande dessinée et quelques excellentes curiosités.

Jour 1 — une librairie, puis les Adornes

Commencez chez De Reyghere, sur la Markt. Cinq générations de la famille ont travaillé dans le livre et la librairie propose de la littérature dans plusieurs langues : c'est l'une de ces adresses du centre où entrer sans liste d'achats est généralement une bonne idée.

Si l'inévitable se produit et que vous voulez continuer, passez par les meilleures librairies et lieux où lire à Bruges, parmi lesquels Brugse Boekhandel, Raaklijn et Bruggia Books & Coffee.

Mais le cœur de ce week-end se trouve à l'est du centre, au domaine Adornes et à la chapelle de Jérusalem.

En 1452, Pieter II Adornes et Elisabeth Bradericx imaginèrent quelque chose de remarquable : conserver dans la chapelle leurs livres en latin et en flamand, disposés pour que d'autres puissent en profiter plutôt que de voir la collection dispersée par les héritages ou les ventes. Le projet complet ne semble pas avoir été réalisé comme ils l'avaient imaginé, mais l'idée reste étonnamment moderne.

Historic Bruges architecture reflected in a quiet canal
Un coin paisible de Bruges fait partie du principe d’un readaway : faire de la place au livre lui-même, pas seulement aux visites littéraires. Photo: Kamilla Isalieva / Unsplash / Unsplash License

L'histoire devient encore plus belle lorsqu'on termine la visite dans le Scottish Lounge. C'est un honesty lounge où l'on peut prendre une boisson, choisir un livre sur l'étagère et rester lire. Six siècles après ce projet de partage des livres, le même domaine offre toujours une excellente raison de s'asseoir avec l'un d'eux.

C'est ici qu'entre Dorothy Dunnett. Anselm Adorne, fils de Pieter II et Elisabeth, est une figure historique récurrente de The House of Niccolò. Nicholas commence la saga comme apprenti dans un atelier de teinture brugeois — et non comme apprenti d'Anselm — mais leurs chemins se croisent et Anselm devient une influence importante. Pour suivre ce fil, continuez avec les Adornes, Niccolò et la bibliothèque de 1452.

Deux endroits où s'arrêter sans avoir l'impression de perdre son temps

Depuis Adornes, rejoignez le jardin de Gezellehuis, maison natale du poète Guido Gezelle. Le jardin est gratuit, vert et calme : un endroit où une demi-heure avec un poème paraît plus juste que d'ajouter encore une visite.

Pour une pause intérieure beaucoup plus inattendue, gardez Madeleine in Brugge, près de l'Astridpark, pour le deuxième jour. C'est toujours une église, mais on y trouve du café, des endroits où s'asseoir, de l'art et une balançoire de 17 mètres suspendue sous les voûtes. L'entrée est gratuite.

Jour 2 — une Madone volée et un autre livre à ouvrir

Commencez à l'église Notre-Dame devant la Vierge à l'Enfant de Michel-Ange. En septembre 1944, des soldats allemands sortirent la sculpture de l'église enveloppée dans un matelas. Elle fut cachée dans la mine de sel d'Altaussee parmi des milliers d'œuvres et récupérée en 1945 par les Monuments Men.

Si vous avez lu The Monuments Men, la sculpture cesse d'être simplement un chef-d'œuvre à cocher sur une liste brugeoise : elle devient un fragment matériel de cette histoire européenne.

Si vous comptez visiter plusieurs musées municipaux, vérifiez d'abord si la Musea Brugge Card vaut le coup pour vous. Le domaine Adornes est indépendant et n'est pas inclus.

Ensuite, allez à Madeleine, prenez un café et lisez. Tous les creux du programme n'ont pas besoin d'un musée supplémentaire.

Qu'ouvrir le soir

Au-delà de Rodenbach, trois choix transforment complètement la ville :

  • Niccolò Rising de Dorothy Dunnett rend à la Bruges de 1460 son échelle de grande ville commerciale internationale, pleine de marchands, de calcul et d'ambition.
  • The Square of Revenge de Pieter Aspe utilise la beauté médiévale comme surface d'une Bruges criminelle beaucoup plus contemporaine.
  • Yoko Tsuno 20 : L'Astrologue de Bruges de Roger Leloup mêle la ville au voyage dans le temps, à la peste, à l'Inquisition et à la science-fiction ; la chapelle de Jérusalem rend particulièrement amusante la frontière entre case de bande dessinée et ville réelle.

Pour poursuivre la piste littéraire — Guido Gezelle, Ludwig Bemelmans et le contexte de The Monuments Men compris — revenez aux livres à lire avant ou pendant un voyage à Bruges.

L'hôtel fait lui aussi partie du readaway

Pour ce genre de séjour, il est plus important que d'habitude de choisir un endroit où l'on a envie de rester. L'Hotel de Orangerie (lien publicitaire) convient particulièrement bien grâce à son salon, sa cheminée et sa situation au bord du canal, même s'il ne s'agit ni d'une recommandation économique ni de la seule bonne option.

La question à se poser avant de réserver est simple : y a-t-il ici un endroit où j'aurais envie de passer quatre-vingt-dix minutes avec un livre ?

Un programme très simple de 48 heures

Jour 1 : De Reyghere → promenade lente le long des canaux avec Rodenbach en tête → domaine Adornes et chapelle de Jérusalem → lecture au Scottish Lounge → jardin de Gezellehuis → soirée avec Dunnett, Aspe ou le livre acheté le matin même.

Jour 2 : petit-déjeuner sans hâte → Madone de Michel-Ange → Madeleine in Brugge pour un café et un moment de lecture → Bruggia Books & Coffee s'il reste encore de la place dans la valise → promenade au crépuscule.

Vous pouvez ajouter davantage. Je ne le ferais pas.

Tout l'intérêt d'un week-end littéraire est qu'un livre n'est pas du temps mort entre deux visites. La lecture est l'une des visites.